Une lettre envoyée de prison à sa famille en janvier 1946 par Valériu Gafencu (1921-1952)

La vie est autre que ce que les gens imaginent. L’homme lui-même est autre que ce qu’il s’imagine être. La Vérité est autre que ce que l’esprit humain imagine. Je veux être sincère et ouvert, jusqu’au plus profond de mon âme. Dès le premier instant où j’ai mis les pieds en prison, je me suis demandé pourquoi j’étais enfermé. Dans la sphère sociale, concernant mes relations avec le monde dans lequel je vivais, j’ai toujours été considéré comme quelqu’un de très bon, un exemple de conduite morale. Si j’entrais en conflit avec qui que ce soit, c’était uniquement au nom de la Vérité. Après bien des luttes et des troubles, après bien des souffrances, lorsque la coupe de la souffrance fut remplie, vint un jour saint, en juin 1943, où je tombai à genoux, le front contre le sol, le cœur brisé, en larmes. J’ai demandé à Dieu de m’accorder la lumière. Ce jour-là, j’avais perdu toute confiance en l’Homme. Je réalisais parfaitement que j’étais dans la vérité, alors pourquoi souffrais-je ? Dans toute mon âme, pleine d’une confiance en moi pleine d’entrain, il ne restait que l’amour. Personne ne me comprenait.

Pendant mes pleurs prolongés, je commençai à me prosterner. Et soudain – Ô Seigneur ! Que Tu es grand, ô Seigneur ! – je vis mon âme toute entière remplie de péchés. Je découvris en moi la racine de tous les péchés humains. Oh, tant de péchés, et les yeux de mon âme endurcis par l’orgueil ne les avaient pas vus ! Que Dieu est grand ! Voyant tous mes péchés, je ressentis le besoin de les crier haut et fort, de les rejeter loin de moi. Et une paix profonde, une vague profonde de lumière et d’amour se déversèrent dans mon cœur. Dès que la porte s’ouvrit, je quittai ma cellule et me dirigeai vers ceux que je savais m’aimer le plus, vers ceux qui me haïssaient et avaient le plus péché contre moi, et je leur avouai ouvertement et clairement : « Je suis l’homme le plus pécheur. Je ne mérite même pas la confiance du plus humble des hommes. Je suis béni ! » Tous étaient stupéfaits. Certains me regardaient avec mépris, d’autres avec indifférence, et d’autres encore avec un amour qu’ils n’auraient pu s’expliquer. Une seule personne m’a dit : « Tu mérites d’être embrassé ! » Mais je me suis précipité dans ma cellule, j’ai enfoui ma tête dans mon oreiller et j’ai continué à pleurer en remerciant et en glorifiant Dieu.

Ce jour-là, j’ai entamé une lutte acharnée contre le péché. Si vous saviez combien la guerre contre le péché est difficile ! Je veux que vous sachiez que j’ai lutté avec acharnement, non seulement ici, mais aussi en liberté. [Il témoigne ici que, bien que tenté physiquement, il n’a pas cédé, mais est resté pur.] En prison, j’ai examiné mon âme et j’ai réalisé que, même si je n’avais pas péché en acte, j’avais péché en paroles et surtout en pensées. Après un examen de conscience approfondi, je suis allé voir un prêtre et je me suis confessé. Ma confession m’a soulagé. Et je poursuis une lutte incessante. La lutte ne cesse pas avec la mort. Sans repentance, nul ne peut faire ne serait-ce qu’un pas en avant. Quiconque fuit la réalité de son âme est un menteur. Qu’est-ce que la vie ? C’est un don de Dieu qui nous est accordé afin de purifier nos âmes du péché et de nous préparer, par le Christ, à recevoir la vie éternelle. Qu’est-ce que l’homme ? Un être créé par l’amour infini de Dieu, à qui Dieu a donné le choix entre la sainteté et la mort.

Soyez très prudents ! Dans la vie sociale, les gens se regardent et se jugent non pas selon leur essence, mais selon leur apparence physique. Ne vous faites pas d’illusions sur l’homme – quiconque s’en fait souffrira amèrement – mais aimez-le. Un seul est parfait, un seul est bon, un seul est pur : le Christ-Dieu ! Et maintenant : quelle est la Vérité ? La Vérité, c’est le Christ, la Parole de Dieu. Cherchez à vous approcher sincèrement du Christ et laissez le monde et ses péchés en paix !

Extrait du livre « Le Saint de la Prison »

Source : http://orthodoxword.wordpress.com

Valériu Gafencu a été emprisonné en 1942 alors qu’il était en deuxième année à l’université. Les autorités étaient alliées avec l’Allemagne. Lors de la prise de pouvoir par les communistes il est resté en prison parce-que chrétien.

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